PEINTURE


PEINTURE
PEINTURE

JUSQU’À ces dernières années, la peinture allait de soi pour l’homme occidental. C’était une représentation, qui se voulait fidèle, du réel ou de l’imaginaire. Même les parties décoratives y donnaient à voir quelque chose, par exemple des guirlandes stylisées. Si certains morceaux étaient sans référence, on les considérait comme des éléments architecturaux, et ils étaient censés appartenir au cadre plutôt qu’à la peinture elle-même.

C’est sans doute Socrate qui, dans le Philèbe de Platon, donne la raison profonde de ce parti quand il compare la mémoire à un peintre (zoographos , étymologiquement: qui grave sur le vif) imprimant dans notre esprit «les images des choses parlées et formulées». Si la peinture peut être ainsi fidèle, c’est que le discours (le logos , parole et raison) suppose déjà qu’il y a des choses, que celles-ci sont des substances ou leurs accidents, que substances et accidents sont désignables, dénommables, et donc cernables en rigueur. Alors la légende des raisins de Zeuxis, peints de manière si exacte que des oiseaux vinrent les becqueter, inaugure l’Occident au même titre que la tragédie grecque ou la géométrie.

La vision béatifique selon le christianisme se donnera précisément comme une peinture, toute disposée à prendre place sur l’intérieur des coupoles baroques. Et Vinci résume la Renaissance, non pas en renonçant à cette forme de béatitude, mais en la faisant, dans son Traité , descendre du ciel sur la terre. Jusqu’à Balzac et Delacroix, le peintre se flatte de montrer et de narrer; le littérateur de peindre, de brosser des fresques et des tableaux.

La portée métaphysique ou théologique reconnue ainsi à la peinture amena l’Occidental à la considérer comme un foyer, dont la mosaïque, la tapisserie, le vitrail, la gravure étaient les arts «appliqués»; en elle avait lieu l’intention primordiale, qui ailleurs n’était que transcrite. De même, elle devait, par essence, faire figure d’art majeur, la perfection – c’est-à-dire la fidélité – y étant la règle, et l’infidélité l’accident.

Or il s’avère indispensable, pour comprendre le sens de la peinture en général, en même temps que notre situation culturelle présente, de voir que l’implication réciproque de l’image et du discours ne tient pas à la fatalité des choses, et qu’elle est même devenue caduque. L’impressionnisme par son versant d’avenir, le cubisme, le Bauhaus, l’abstraction, l’op art, le pop art, l’art minimal, l’art conceptuel sont autant d’étapes qui ont conduit à une constellation théorique et pratique très différente, et qu’on pourrait ainsi résumer: il n’y a pas de représentation fidèle, parce que le réel n’est pas adéquatement dénommable et cernable; c’est un référent chaque fois redécoupé par le système d’approche qui le vise. La peinture n’a pas de privilège particulier parmi les approches de la réalité; bien plus, au lieu que l’imprimerie, la sérigraphie, l’aluchromie, la photographie, la mise en pages, l’image cinématographique et télévisuelle en soient les arts appliqués, c’est elle plutôt qui désormais dépend d’eux pour ses media, ses sujets, ses optiques, ses structures. Et, enfin, puisque la peinture est délivrée de son rôle de modèle, il n’y a aucune raison d’en faire un art majeur par essence. Assurément, il peut se faire que, dans sa lecture de l’environnement, elle déclenche parfois cette perception d’un genre spécial qu’est la culmination esthétique. Mais ces accidents heureux ne discréditent d’aucune manière les autres cas, tels les dessins d’enfants ou d’adultes inexperts, où la peinture s’exerce à l’état «brut». Il se pourrait même qu’elle devienne, avec la danse, une de nos réserves de créativité sauvage. Au point que, dans des pays comme l’Allemagne et la Hollande, on voit fréquemment les peintres favoriser dans le public ce bon usage non normatif.

Ceux qui ont aperçu la mutation l’expliquent d’ordinaire par la diffusion de la photographie qui a délivré le peintre de sa tâche d’imagier intime ou officiel; par les nouvelles techniques d’impression et d’encrage reléguant l’huile et les pinceaux, et en général le fait à la main; par le contact avec les arts étrangers où la peinture n’a pas cette portée métaphysique, ou bien se relie à une métaphysique différente, comme en Chine; par le souci critique contemporain, lequel, en nous incitant à réfléchir non seulement sur les choses mais sur nos actes, a suscité des questions qui, plus que la non-figuration, ont défini la peinture dite abstraite: qui peint quoi? qu’est-ce que peindre? quels sont les présupposés du peintre?

Ces explications, qui ne sont pas fausses, renvoient cependant à une source commune qui est, ici comme partout, la révolution industrielle, en marche depuis le romantisme. En décomposant les objets en des éléments largement interchangeables au sein d’une combinatoire, l’industrie a brisé l’unité et la désignation et, par conséquent, la représentabilité de l’environnement. Ensuite, elle a introduit elle-même des moyens de représentation du même ordre que la réalité qu’elle produisait. Et c’est sous cet angle que les images photographiques, cinématographiques, télévisuelles, sont révolutionnaires. Car, loin de décharger la peinture de la représentation fidèle, elles ont montré que cette dernière n’existait pas, qu’il n’y avait jamais, même pour leur «objectif», que des éclairages, des cadrages, des angles, des partis pris sensitométriques, bref que le réel n’était qu’une dissémination de prises de vues (flash , blow up ). Enfin, l’industrie a apporté, dans l’aire même du peintre (supports, pigments, véhicules, outils), de nouveaux moyens concourant à la même vision. Lorsqu’ils sérigraphient, Andy Warhol ou Roy Lichtenstein ne multiplient pas des peintures; ils font des peintures de la multiplication, et cela non seulement dans leurs motifs (Campbell’s Soup ou comics ), mais dans la structure intime de leur démarche et de leur vision. Somme toute, l’industrie n’a pas détrôné la représentation visuelle; elle a rompu le lien métaphysique et éthique qui l’unissait aux substances cernées et à leur désignation adéquate par la parole. Elle a rendu l’image à son statut erratique, découpé, fétichiste, travaillant tantôt par impact, tantôt par articulations fragmentées et successives.

Est-ce à dire que la peinture, désormais subordonnée à une profusion dont elle n’est plus le modèle, ait perdu tout intérêt, sinon pour quelques entêtés ou spéculateurs perdus dans la foule? En vérité, outre l’avenir pédagogique que lui promet son exercice comme art «brut», il y a en elle – quels que soient ses nouveaux médias – un pouvoir de questionner les rapports du réel, de l’imaginaire et du symbolique qui, déjà au travail au temps de son évidence, la justifie sans doute encore au temps de sa retraite. Cela tient à la nature de son espace, qui va être envisagé, ce qui permettra de déborder le point de vue trop occidental adopté jusqu’ici.

peinture [ pɛ̃tyr ] n. f.
• pointure 1120; lat. pop. pinctura, class. pictura
I ♦ Action, art de peindre.
1 ♦ Opération qui consiste à couvrir de couleur une surface. Peinture en bâtiment. Peinture au pistolet, au rouleau, à la brosse, au pinceau, au pochoir. Peinture sur bois, sur métal, sur porcelaine.
2 ♦ Vx Faire la peinture de qqn, le peindre.
♢ Mod. EN PEINTURE : en portrait peint, en effigie (XVe) . « il n'a rien pour lui. Je ne le voudrais pas dans ma chambre en peinture » (Zola). — Loc. fam. (1868) Je ne peux pas le voir en peinture : je ne peux absolument pas le supporter. ⇒ détester (cf. Ne pas pouvoir encadrer qqn).
3 ♦ (XVIe) Fig. Description qui parle à l'imagination. ⇒ portrait. La peinture de la société, des passions. Peinture fidèle, complaisante, cruelle. « Je ne retiens que ce qui est peinture du cœur humain » (Stendhal).
II ♦ A ♦ (v. 1150) LA PEINTURE : représentation, suggestion du monde visible ou imaginaire sur une surface plane au moyen de couleurs; organisation d'une surface par la couleur. Ensemble des œuvres qui en résultent. La peinture, art de la surface et de la couleur. « Quelle vanité que la peinture » (Pascal). « La peinture, disait Léonard de Vinci, est chose mentale » (Bergson). « La peinture tend bien moins à voir le monde qu'à en créer un autre » (Malraux). La photographie et la peinture. Propre à la peinture. ⇒ pictural. Faire de la peinture. Peinture à l'huile (de lin, de noix, d'œillette), à l'essence (minérale, de térébenthine), à l'eau (⇒ aquarelle, 1. détrempe, fresque, gouache, lavis) , peinture à l'œuf. Peinture à l'acrylique. — De la mauvaise peinture. ⇒ barbouillage, gribouillage. Projet de peinture. ⇒ ébauche, esquisse, étude, maquette , pochade. Peinture figurative (⇒ modèle, motif, représentation, 3. sujet) ; peinture non-figurative, abstraite. Peinture anecdotique, de genre, de paysage, de portraits, etc. Sujets de peinture : académie, allégorie, caricature, intérieur, marine, nature morte, nu, panorama, paysage, portrait, sous-bois, vue. ⇒ iconographie. Écoles de peinture, styles de peinture (au XIX e et au XX e s.) :cubisme, dadaïsme, divisionnisme, expressionnisme, fauvisme, futurisme, impressionnisme, modern style, naturalisme, pointillisme, préraphaélisme, réalisme, surréalisme, tachisme. — La peinture flamande, italienne. Exposition, galerie de peinture (⇒ salon, vernissage; cimaise) . Musée de peinture (⇒ pinacothèque) . — Vivre de sa peinture. — Vx Morceau de peinture : tableau. — Fig. et fam. Avoir du goût pour la peinture : avoir mauvais goût. B ♦ UNE PEINTURE.
1 ♦ Surface peinte. Lessiver les peintures. Refaire les peintures d'un appartement.
2 ♦ Ouvrage de peinture. ⇒ tableau, toile. Peintures pariétales, rupestres. Peintures murales. ⇒ fresque ; aussi plafond. Peinture d'autel. ⇒ retable. Peinture composée de plusieurs volets. ⇒ diptyque, triptyque. Peinture japonaise sur rouleau. Peinture anonyme. Mauvaise peinture. ⇒ croûte. Encadrer une peinture. Maroufler, rentoiler, restaurer une peinture. Les peintures d'une collection. Les tableaux « qui m'entouraient n'étaient pas ce que j'aurais le plus aimé voir de lui, les peintures appartenant à ses première et deuxième manières » (Proust).
III ♦ (XIVe)
1 ♦ Couche de couleur dont une chose est peinte. Peinture d'une carrosserie d'automobile. Faire un raccord de peinture. Peinture qui cloque, s'écaille.
2 ♦ Couleur préparée avec un véhicule liquide pour pouvoir être étendue. Acheter un pot de peinture. Peinture mate, satinée, brillante. Peinture laquée. ⇒ laque. Peinture glycérophtalique, acrylique; à l'huile, à l'eau. Peinture contre la rouille. ⇒ minium. Appliquer la peinture, plusieurs couches de peinture. ⇒ peindre. Peinture fraîche, qui vient d'être posée. Attention à la peinture ! — Tube de peinture. Délayer la peinture avec de l'eau, de l'essence, de l'huile. — Loc. fam. Un vrai pot de peinture, se dit d'une femme trop fardée.

● peinture nom féminin (latin populaire pinctura, du latin classique pictura) Produit liquide ou en poudre contenant des pigments, donnant par application sur des subjectiles un feuil doué de qualités protectrices, décoratives. Revêtement d'une surface par cette matière : Refaire la peinture de la grille du jardin. Ouvrage de représentation ou d'invention (tableau, fresque, etc.) fait de couleurs étalées sur une surface préparée à cet effet. Art de l'artiste peintre ; ensemble des œuvres d'un peintre, d'un pays, d'une époque : La peinture flamande. Description ou évocation vive et imaginée de quelque chose par le discours, la musique : La peinture d'un caractère. Synonyme de peinturage. ● peinture (citations) nom féminin (latin populaire pinctura, du latin classique pictura) Eugène Delacroix Saint-Maurice, Val-de-Marne, 1798-Paris 1863 La peinture lâche est la peinture d'un lâche. Journal, 22 décembre 1823 Eugène Delacroix Saint-Maurice, Val-de-Marne, 1798-Paris 1863 L'exécution, dans la peinture, doit toujours tenir de l'improvisation. Journal, 27 janvier 1847 Marcel Duchamp Blainville, Seine-Maritime, 1887-Neuilly-sur-Seine 1968 Ce sont les regardeurs qui font les tableaux. Marchand du sel Le Terrain vague Raoul Dufy Le Havre 1877-Forcalquier 1953 Peindre, c'est faire apparaître une image qui n'est pas celle de l'apparence naturelle des choses, mais qui a la force de la réalité. Carnet Éditions de la Galerie Carré Blaise Pascal Clermont, aujourd'hui Clermont-Ferrand, 1623-Paris 1662 Quelle vanité que la peinture, qui attire l'admiration par la ressemblance des choses dont on n'admire point les originaux ! Pensées, 134 Commentaire Chaque citation des Pensées porte en référence un numéro. Celui-ci est le numéro que porte dans l'édition Brunschvicg — laquelle demeure aujourd'hui la plus généralement répandue — le fragment d'où la citation est tirée. Jacques Perret Trappes 1901-Paris 1992 En fait de peinture, il n'y a plus guère que les communistes pour ignorer que Picasso est une des réussites les plus achevées de la bourgeoisie. Cheveux sur la soupe Gallimard Pablo Ruiz Picasso Málaga 1881-Mougins 1973 En réalité on travaille avec peu de couleurs. Ce qui donne l'illusion de leur nombre, c'est d'avoir été mises à leur juste place. Conversations avec Christian Zervos, 1935 in Cahiers d'art Pablo Ruiz Picasso Málaga 1881-Mougins 1973 Je fais un tableau, ensuite je le détruis. Mais à la fin du compte rien n'est perdu. Le rouge que j'ai enlevé d'une part se trouve quelque part ailleurs. Conversations avec Christian Zervos, 1935 in Cahiers d'art Pablo Ruiz Picasso Málaga 1881-Mougins 1973 Non, la peinture n'est pas faite pour décorer les appartements. C'est un instrument de guerre offensive et défensive contre l'ennemi. Conversations avec Christian Zervos, 1945 in Cahiers d'art Pablo Ruiz Picasso Málaga 1881-Mougins 1973 En peinture on peut tout essayer. On a le droit, même. À condition de ne jamais recommencer. Cité par Jean Leymarie dans Picasso, métamorphoses et unité Skira Pablo Ruiz Picasso Málaga 1881-Mougins 1973 S'il y avait une seule vérité, on ne pourrait pas faire cent toiles sur le même thème. Cité par Jean Leymarie dans Picasso, métamorphoses et unité Skira Pablo Ruiz Picasso Málaga 1881-Mougins 1973 Je peux à peine comprendre l'importance donnée au mot recherche dans la peinture moderne. À mon avis, chercher ne signifie rien en peinture. Ce qui compte, c'est trouver. In revue The Arts Picasso speaks, New York, 1923 Commentaire Cette réflexion est citée d'ordinaire sous une forme condensée : « Je ne cherche pas, je trouve. » Nicolas Poussin Villers, près des Andelys, 1594-Rome 1665 Les couleurs dans la peinture sont comme des leurres qui persuadent les yeux, comme la beauté des vers dans la poésie. Observations sur la peinture Nicolas Poussin Villers, près des Andelys, 1594-Rome 1665 La peinture n'est autre qu'une idée des choses incorporelles. Observations sur la peinture Jean Prévost Saint-Pierre-lès-Nemours 1901-près de Sassenage, Vercors, 1944 Un bon portrait n'est pas seulement celui qui ressemble au modèle, mais celui qui ne ressemble plus à rien d'autre. Les Caractères Albin Michel Victor Segalen Brest 1878-Huelgoat 1919 Le Peintre la donne ici plus douce que l'autre n'est douce dans l'existence humaine ; car il l'a peinte ici comme il l'aime. Peintures Plon la femme Albrecht Dürer Nuremberg 1471-Nuremberg 1528 L'art de la peinture ne peut être bien compris que par ceux qui eux-mêmes sont de bons peintres. Die Kunst des Malens kann nicht wohl beurteilt werden denn allein durch die, die da selber gute Maler sind. Théorie des proportions Léonard de Vinci Vinci, près de Florence, 1452-château de Cloux, aujourd'hui Clos-Lucé, près d'Amboise, 1519 La peinture est poésie muette, la poésie peinture aveugle. La Pittura è una Poesia muta, e la Poesia è una Pittura cieca. Traité de la peinture ● peinture (expressions) nom féminin (latin populaire pinctura, du latin classique pictura) Familier. Ne pas pouvoir voir quelque chose, quelqu'un en peinture, les détester, en avoir horreur. Peinture à la colle, synonyme de détrempe. Peinture à fresque, synonyme de fresque. ● peinture (synonymes) nom féminin (latin populaire pinctura, du latin classique pictura) Description ou évocation vive et imaginée de quelque chose par le...
Synonymes :
- représentation
Peinture à la colle
Synonymes :
- détrempe
Peinture à fresque
Synonymes :
Synonymes :

peinture
n. f.
rI./r Action de peindre, d'appliquer des couleurs sur une surface.
rII./r
d1./d Art, manière de peindre (sens II, 2).
— Peinture sur soie.
d2./d Ouvrage d'un artiste peintre.
d3./d Fig. Ne pas pouvoir voir qqn en peinture, ne pas le supporter, le détester.
d4./d Litt. Description particulièrement évocatrice. Peinture de moeurs.
rIII/r
d1./d Couche de couleur couvrant une surface, un objet.
d2./d Matière servant à peindre. Peintures à l'huile.

⇒PEINTURE, subst. fém.
I. A. —Matière colorante composée d'un pigment et d'un liant, utilisée pour recouvrir une surface, pour la protéger ou l'orner. Boîte, pot, tube de peinture; attention à la peinture. Les parois sont ornées de sculptures d'une extrême finesse couvertes d'une couche légère de peinture quelquefois disparue sous le limon dont les premiers chrétiens avaient barbouillé les murailles (DU CAMP, Nil, 1854, p.129). Alban sursauta. Sur sa manche, la peinture fraîche de la barrière avait fait une large tache rouge (MONTHERL., Bestiaires, 1926, p.521). Philippe déposait sur un bahut sa palette éclatante. L'odeur grasse de la peinture flottait dans la pièce comme un encens (DUHAMEL, Suzanne, 1941, p.232).
♦[Suivi d'un adj. ou d'un nom en appos. indiquant la qualité ou les propriétés de la peinture] Peinture brillante, mate; peinture émail, peinture laque, peinture laquée; peinture lumineuse, phosphorescente; peinture antiseptique, antirouille.
Peinture anti-parasite, antisalissante ou, p.empr. à l'angl., antifouling. Peinture corrosive que l'on emploie comme couche de surface pour les carènes et qui a pour but de gêner le développement des coquillages et de la végétation sur les tôles (d'apr. GRUSS 1952, 1978). Avec les carènes métalliques (...) on fait usage de deux peintures: une première peinture antirouille et une seconde peinture, dite antifouling, devant s'opposer à l'adhérence de la flore et de la faune sous-marines (COFFIGNIER, Coul. et peint., 1924, p.695).
♦[Suivi d'un compl. ou d'un adj. désignant le liant ou le pigment spécifique] Peintures aux résines; peintures acryliques, vinyliques; peinture au minium, au plomb, au zinc.
Peinture à l'huile. V. huile I A 2 a.
Peinture à la colle, peinture en détrempe ou à la détrempe. ,,Peinture dont le liant en dissolution dans l'eau est constitué par une colle`` (BARB.-CAD. 1963).
♦Peinture à l'eau. Peinture dans laquelle l'eau intervient comme solvant. Les peintures à l'eau prêtes à l'emploi sont des peintures en émulsion (DELORME 1962).
— P. anal. Fard, maquillage (du visage); vernis (à ongles); teinture (des cheveux, de la barbe). Il y avait ensuite le blanc, le kohl, la poudre de riz, les opiats, les pattes de lièvre, tout l'attirail de la peinture dramatique (A. DAUDET, Pt Chose, 1868, p.295). Ses cheveux [de Gwynplaine] avaient été teints couleur d'ocre une fois pour toutes (...). Gwynplaine avait les cheveux jaunes. Cette peinture des cheveux, apparemment corrosive, les avait laissés laineux et bourrus au toucher (HUGO, Homme qui rit, t.2, 1869, p.61). Elle se parfumait, se mettait de la peinture sur les ongles, du rouge sur les lèvres (QUENEAU, Pierrot, 1942, p.27).
♦Pop. Un (vrai) pot de peinture. Visage trop maquillé (Ds REY-CHANTR. Expr. 1979).
B. —Couche de peinture recouvrant une surface, un objet; surface peinte. Refaire les peintures. L'appartement du docteur n'avait pas été changé depuis quarante ans. Les peintures, les papiers, la décoration, tout y sentait l'Empire (BALZAC, Cous. Pons, 1847, p.161). Celui qui imagina de coller une toile sur le panneau, pour que la peinture ne se fendît pas avec le bois, passa pour un homme merveilleux (A. FRANCE, Lys rouge, 1894, p.136):
• 1. Devant les portes des chambres, dans les corridors, les tentures pendaient en loques, et partout la peinture des boiseries s'écaillait au long des fentes, se noircissait à l'endroit où les mains touchent les portes, où le balai heurte les plinthes.
ADAM, Enf. Aust., 1902, p.104.
II. —Action de peindre.
A. —Action de recouvrir (une surface, un objet) d'une matière colorante. Peinture en bâtiment; entreprise de peinture; peinture au pinceau, au rouleau. Pour la réparation des voitures, [un atelier complet] comprend (...) un atelier de peinture (BRICKA, Cours ch. de fer, t.2, 1894, p.121). L'aérographe (...) dont la technique est celle de la peinture industrielle au pistolet (Arts et litt., 1935, p.30-19):
• 2. ... en dépit de ses hôtes, qui le traitaient en convalescent, ou, par délicatesse afin de marquer leur confiance, qui le dirigeaient sur les besognes aristocratiques du chantier, le nettoyage des trumeaux ou la peinture des rechampis, il n'était pas à l'aise.
GIRAUDOUX, Bella, 1926, p.159.
B. —BEAUX-ARTS
1. Au sing.
a) Art de peindre; moyen d'expression qui, par le jeu des couleurs et des formes sur une surface, tend à traduire la vision personnelle de l'artiste. Faire de la peinture; aimer la peinture; école de peinture. La sculpture, ainsi, le plus matériel des arts, aura créé l'intelligence qui, aboutissant à la peinture, recréera, par elle, la sensualité. Et la peinture, par la sensualité, ramènera au sentiment mystique que le rationalisme atomique avait détruit (FAURE, Espr. formes, 1927, p.178). La peinture n'explique pas: elle se borne à être et à montrer ce qu'elle est; à nous de l'éprouver par sa vertu de contagion (HUYGHE, Dialog. avec visible, 1955, p.245):
• 3. ... la peinture n'est pas le dessin. La peinture est de la couleur et dans son triomphe, je ne la vois que dans les pays de brouillard froids et chauds, dans les pays où un certain prismatique monte de l'eau dans l'air, en Hollande ou à Venise. Elle ne m'apparaît pas dans le clair éther de la Grèce, pas plus que dans le bleu clair de l'Ombrie.
GONCOURT, Journal, 1867, p.336.
— [Suivi d'un adj. ou d'un compl.] Technique, procédé, pratique d'un genre de l'art pictural (défini par l'emploi de tel support, de telle matière, par la mise en oeuvre de certains sujets, de certaines conceptions). Molière établit, en termes magnifiques, la distinction de la peinture à l'huile et de la fresque: cette différence n'est autre que celle qui sépare La Bruyère, peintre de chevalet et à l'huile, de lui Molière, peintre à fresque (SAINTE-BEUVE, Port-Royal, t.3, 1848, p.227). Nos auteurs tragiques, de même que les peintres médiocres qui s'attardent à la peinture d'histoire, placent tout l'intérêt de leurs oeuvres dans la violence de l'anecdote qu'ils reproduisent (MAETERL., Trésor des humbles, 1896, p.165):
• 4. Pour avoir préconisé non pas un art d'imitation, mais un art de conception qui tend à s'élever jusqu'à la création et jusqu'à l'effusion pure, ainsi que le dit magnifiquement Apollinaire, le cubisme préparait, par son esprit, par ses recherches, par ses aspirations, les voies à la peinture abstraite, ces voies qu'il paraissait lui clore par ses réalisations. Mais ces réalisations, à les mieux regarder, ne nous apparaîtront-elles pas comme capables d'engendrer, elles aussi, cette peinture abstraite?
DORIVAL, Peintres XXes., 1957, p.119.
SYNT. Peinture murale, monumentale; peintures rupestres; peinture sur bois, sur émail, sur porcelaine, sur verre, sur toile; peinture à l'aquarelle, à la gouache, au lavis; peinture de portrait, de genre; peinture abstraite, figurative, non figurative, réaliste, décorative.
♦[Au Moy. Âge] Plate peinture. Peinture exécutée sur une surface plane (par opposition à la peinture appliquée sur ronde bosse). On dirait que ces figures sont de relief, mais ce n'est que plate peinture (Ac. 1798-1878). En passant sous le portail, vous m'expliquerez aussi ce que veut dire le jardinier de plate peinture qu'on voit en entrant dans l'église (HUGO, N.-D. Paris, 1832, p.322).
b) Au sing. à valeur de coll. Ensemble d'oeuvres picturales. Commençons par visiter ce que mes contemporains ont pris l'habitude d'appeler la peinture d'histoire (HUYSMANS, Art mod., 1883, p.15). Le Charles Ier de Van Dyck est le père de toute la peinture anglaise du siècle suivant, de Lawrence et Reynolds, de Hoppner et Raeburn, et du chef-d'oeuvre de cette peinture: le portrait de Mrs. Siddons, par Gainsborough (MORAND, Londres, 1933, p.232):
• 5. Rembrandt ne semble-t-il pas dire, avec sa peinture, ce qu'exprimait saint Jean de la Croix: «Nous ne sommes pas ici-bas pour voir, mais pour ne pas voir»? Entendons bien: Pour ne pas voir ce qui retient indûment les regards qui ne cherchent rien.
HUYGHE, Dialog. avec visible, 1955 p.304.
SYNT. Vendre sa peinture, vivre de sa peinture; exposition, galerie de peinture; la peinture classique, romantique, impressionniste; la peinture française au XVIIIes. V. aussi syntagmes supra B 1 a en partic.
2. Au sing. et au plur.
a) OEuvre picturale. Une bonne, une mauvaise peinture; une peinture à fresque. Je n'ai remarqué qu'une toile qui soit la peinture d'un vrai peintre, je n'ai remarqué que le tableau de l'Américain Orchardson, ayant pour titre L'ÉNIGME (GONCOURT, Journal, 1894, p.590). Parmi les peintures représentant ce jeu [les osselets], il en est une célèbre au Musée de Naples: c'est une peinture monochrome sur marbre, signée Alexandre d'Athènes (D'ALLEMAGNE, Récr. et passe-temps, 1904, p.75). Au centre du panneau, attirant le regard comme une présence, était accroché un portrait de Jacques, grandeur nature: une peinture à l'huile, de facture moderne (MARTIN DU G., Thib., Épil., 1940, p.834):
• 6. ... le premier effet d'une belle peinture est une contemplation aussi riche que l'on voudra, qui occupe et ramène toute l'âme, par une variété sans fin, mais réduite aussitôt à cette forme colorée qui suffit à tout porter; dont la première cause, qui marque aussi l'opposition profonde entre la peinture et le dessin, est que la ligne évoque des formes, au lieu que la couleur évoque des sentiments.
ALAIN, Beaux-arts, 1920, p.262.
— La peinture de qqn. Son portrait peint. Ce sont les traits vivants, c'est [un médaillon] la peinture parlante de l'auguste reine des îles d'Orient! (NODIER, Fée Miettes, 1831, p.130).
♦Loc. En peinture
) En portrait, en effigie. Je t'ai sur mon coeur placée en peinture, Quand je suis parti. Il m'a préservé de toute blessure, Ce portrait chéri! (MEILHAC, HALÉVY, Gde duchesse de Gérolstein, 1867, II, 1, p.232).
P. anal., région. (Canada). ,,Tout craché, tout recopié`` (ROGERS 1977). Ah! Émilie, moé j'ai pour mon dire qu'on est le portrait de nos pères, Gaston, c'est un Tite-Masse en peinture (TRUDEL, Vézine, 1946, p.68 ds ROGERS 1977).
Fam. Ne (pas/plus) pouvoir voir qqn en peinture. Ne (pas/plus) pouvoir le supporter; le détester. Elle ne peut pas le voir en peinture. Elle a tort, c'est un garçon très riche (DUMAS fils, Dame Camélias, 1848, p.78). Il me prenait en grippe. Il pouvait plus me voir en peinture (CÉLINE, Mort à crédit, 1936, p.166).
) Vx ou littér., loc. adv. ou adj. (D'une manière) qui manque de réalité, de consistance; (qui n'existe qu') en apparence. Louis XVI s'est peut-être arrêté au Grand Monarque, et s'est vu là peint en enseigne, roi en peinture lui-même. —Pauvre «grand monarque»! (HUGO, Rhin, 1842, p.26). Chacun a sa vocation en ce monde: la mienne n'est pas, malheureusement, pour les mariages en peinture (FEUILLET, Scènes et com., 1854, p.262). Ce n'est pas un homme qui lève le doigt au milieu de cette pauvre enluminure, C'est Dieu qui pour notre salut n'a pas souffert seulement en peinture (CLAUDEL, Corona Benignitatis, 1915, p.474).
b) P. anal. Représentation matérielle, naturelle ou artificielle; image de quelque chose. Si la peinture fidèle de la forme de l'objet sur la rétine explique le secret de la perception de cette forme, il faut que cette peinture, que cette image aille de la rétine au nerf optique, du nerf optique au cerveau (COUSIN, Hist. philos. XVIIIes., t.2, 1829, p.338). Nous commençons à comprendre (...) comment l'écriture, qui ne consistait d'abord qu'en signes naturels, (...) a tendu de plus en plus à devenir un signe indirect, une simple peinture conventionnelle du langage parlé (COURNOT, Fond. connaiss., 1851, p.318).
C. —Au fig. Fait de représenter quelque chose par le langage, la musique (ou tout moyen d'expression autre que la peinture); description, évocation se voulant exacte, vive et frappante. On le voit, le drame tient de la tragédie par la peinture des passions, et de la comédie par la peinture des caractères (HUGO, Ruy Blas, 1838, préf., p.330). La peinture très intéressante que vous me faites de votre diète ne m'a pas surpris. J'imaginais les choses à peu près telles que vous me les dépeignez (TOCQUEVILLE, Corresp. [avec Gobineau], 1854, p.217). Moussorgski est trop profondément russe pour concevoir une Carthaginoise qui ne fût pas moscovite, et, comme le dit R. Hofmann, «toute peinture musicale est forcément subjective» (DUMESNIL, Hist. théâtre lyr., 1953, p.176):
• 7. J'ai dû comprendre qu'on appelle souvent peinture objective une représentation superficielle; mais, pour une peinture profonde, c'est en soi que le poète expérimente ce qui fera l'objet de son tableau.
GIDE, Journal, 1930, p.984.
SYNT. Peinture morale, sociale; peinture de l'homme, du coeur humain, des sentiments, de l'amour, du bonheur; peinture des moeurs, de la société, de la vie; peinture exacte, fidèle, vraie; peinture cruelle; peinture complaisante, fausse, romanesque.
Prononc. et Orth.:[]. Att. ds Ac. dep.1694. Étymol. et Hist.1. 1121-34 «description, évocation imagée faite à l'aide de mots» (PHILIPPE DE THAON, Bestiaire, 2802 ds T.-L.); 2. a) ca 1140 «représentation graphique et colorée destinée à suggérer quelque chose; tableau» (Voyage de Charlemagne, éd. G. Favati, 345: Li paleis fu listez d(e) azur, et ave(r)nanz Par [mult] cheres peintures a bestes et (a) serpenz, A tutes creatures et oiseäus volanz); b) ca 1200 fig. «ce qui est gravé, fixé dans l'esprit, le coeur» (Moralités sur Job, 327, 33 ds T.-L.: eles gardent en soi la pointure de cez [temporeiz] choses cui eles aiment [servant depicta quae amant]); 3. ca 1165 «suggestion, représentation du monde visible par la couleur» (BENOÎT DE STE-MAURE, Troie, 22416, ibid.); 1554 en plate peincture (THEVET, Cosmogr., IV, 2 ds HUG.); s.d. [av. 1615] en peinture plate ou en bosse (PASQUIER, Lettres, XI ds OEuvres, éd. Amsterdam, 1723, t.2, col. 296); 4. a) fin XIIIes. «souillure laissée par le fer d'une arme dans une blessure [par comparaison avec un enduit utilisé pour peindre]» (Sone de Nansai, 13472 ds T.-L.); b) 1671 «matière colorante servant à peindre» (POMEY); c) 1688 «fard» (LA BRUYÈRE, Caractères, Des femmes, 6 ds OEuvres, éd. J. Benda, p.109). Du lat. vulg. pinctura, réfection d'après le verbe pingere, v. peindre, du class. pictura «l'art de peindre; ouvrage peint, tableau; action de farder, enluminure; [fig.] description, tableau [par la parole, l'écrit]». Fréq. abs. littér.:4588. Fréq. rel. littér.:XIXes.: a) 5601, b) 6168; XXes.: a) 6813, b) 7330.
DÉR. Peinturier, -ière, subst. masc. et adj., fam. a) Subst. masc. Mauvais peintre. Ce portrait [d'Albert Wolff par Bastien Lepage] eut un succès de terreur au salon de 1880. La brutale autant que précieuse médiocrité du peinturier avait trouvé là sa formule (BLOY, Désesp., 1886, p.324). b) Adj. Qui appartient aux peintres. Raphaël, au mépris de l'Évangile, qui n'en dit pas un seul mot, a tenu à faire planer ses trois personnages lumineux, obéissant à une peinturière tradition d'extase infiniment déplacée dans la circonstance (BLOY, Femme pauvre, 1897, p.75). — [], fém. [-]. — 1res attest. a) subst. fin XIIIes. [ms.] masc. peinturier «peintre» (BENOÎT DE STE-MAURE, Troie, éd. L. Constans, 22411, var. ms. K), très rare; encore relevé au XVIes. (GDF.), puis en 1897 au sens de «barbouilleur» (BLOY, Femme pauvre, p.273); ca 1265 fém. peinturiere fig. (BRUNET LATIN, Trésor, éd. Fr. J. Carmody, III, X, 23, p.327), ex. isolé; b) adj. 1897 (BLOY, op. cit., p.142); de peinture, suff. -ier.
BBG. —QUEM. DDL t.15, 17.

peinture [pɛ̃tyʀ] n. f.
ÉTYM. 1120, pointure; du lat. pop. pinctura, altér. du lat. class. pictura « peinture, tableau, description ».
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I Action, art de peindre; résultat de cette action.
1 Opération qui consiste à couvrir de couleur une surface. || Procéder à la peinture d'un mur; faire, finir la peinture d'un mur. || Apprêt et peinture d'un plafond, d'un mur (⇒ Recouvrement, revêtement). — Manière de peindre. || Peinture à l'huile et badigeonnage (→ Azur, cit. 1). || Peinture au pistolet, à l'aérographe, au rouleau, à la brosse, au pinceau; au pochoir. — Peinture décorative, peinture de rinceaux, d'arabesques… || Peinture sur bois, sur métal, sur porcelaine… — Absolt. || Peinture en bâtiment. || Entreprise de peinture.
♦ Arts (vx ou rare). || La peinture d'une femme nue. ⇒ Image, représentation (→ Esthétique, cit. 12). || Faire la peinture de qqn, son portrait peint.
2 (XVe). Mod. || En peinture : en portrait peint, en effigie.
1 Et afin que chacun me voie,
Non pas en chair, mais en peinture
Villon, Testament, CLXXVI.
2 (…) il n'a rien pour lui. Je ne le voudrais pas dans ma chambre en peinture.
Zola, Nana, VIII.
♦ ☑ Loc. fig. (1868). Ne pouvoir souffrir, ne pouvoir voir (qqn, qqch.) en peinture, ne pas pouvoir le supporter.
3 — Je ne peux plus la voir en peinture, répondit Pinette.
Sartre, la Mort dans l'âme, p. 151.
3.1 Décidément, je ne puis voir l'Amérique en peinture : je fuis son cinéma.
F. Mauriac, Bloc-notes 1952-1957, p. 348.
3 (XVIe). Littér. Description qui parle à l'imagination. ⇒ Description (cit. 7), image; pittoresque. || Faire de qqn une peinture achevée (cit. 1). ⇒ Portrait. || La peinture de la société (⇒ Fresque), des passions (→ Exemple, cit. 11). — Par anal. || La peinture du sentiment par la musique (→ Échapper, cit. 22).
4 (…) l'homme timide est celui dont je vais faire la peinture.
La Bruyère, les Caractères de Théophraste, De l'orgueil.
5 (…) les poètes même qui ont chanté la nature, comme Hésiode, Théocrite et Virgile, n'en ont point fait de description dans le sens que nous attachons à ce mot. Ils nous ont sans doute laissé d'admirables peintures des travaux, des mœurs et du bonheur de la vie rustique; mais quant à ces tableaux des campagnes, des saisons, des accidents du ciel, qui ont enrichi la muse moderne, on en trouve à peine quelques traits dans leurs écrits.
Chateaubriand, le Génie du christianisme, II, IV, I.
6 Je ne retiens que ce qui est peinture du cœur humain.
Stendhal, Journal, 10 août 1811.
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II V. 1150. (La peinture). Représentation, suggestion du monde visible ou imaginaire sur une surface plane au moyen de couleurs; organisation d'une surface par la couleur. L'ensemble des œuvres qui en résultent. ⇒ Pictural. || La peinture, art de la surface et de la couleur (cit. 21). || La peinture, art graphique, plastique. || Le dessin et la peinture. || La peinture considérée comme un art d'imitation (cit. 11), comme art de la représentation. || « Quelle vanité que la peinture… » (Pascal, → 1. Original, cit. 4). || Rapports de la photographie et de la peinture (→ Épreuve, cit. 36). || « La peinture…, c'est la nature transmise à l'âme sans intermédiaire » (cit. 6, Delacroix). || Langage (cit. 33) propre à la peinture. ⇒ Pictural. || Esthétique de la peinture (→ Forme, cit. 45). — Ouvrage sur la peinture. || Dictionnaire universel de la peinture. || Essai sur la peinture, de Diderot.
7 La peinture, disait Léonard de Vinci, est chose mentale.
H. Bergson, la Pensée et le Mouvant, IX.
8 La peinture tend bien moins à voir le monde qu'à en créer un autre; le monde sert le style, qui sert l'homme et ses dieux.
Malraux, les Voix du silence, p. 270.
♦ (Techniques du peintre). || Peinture murale, peinture de chevalet. || Peinture fine d'illustration. ⇒ Enluminure, miniature. || Support utilisé pour la peinture. ⇒ Subjectile, support. || Peinture sur bois, toile, carton, papier… || Substances utilisées en peinture. ⇒ Enduit; couleur, pigment; médium, véhicule; siccatif; vernis. || Procédés de peinture. || Peinture à l'huile (de lin, de noix, d'œillette…), à l'essence (minérale, de térébenthine), à l'eau (⇒ Aquarelle, détrempe, fresque, gouache, lavis, pastel, sgraffite), peinture à l'œuf, à l'encaustique, à la cire… || Peinture utilisant des produits variés, des collages. ⇒ Papier (papiers collés). || Peinture à l'acrylique. || Peinture au pinceau, à la brosse, au couteau; par dripping…
♦ Technique de la peinture, termes de peinture. ⇒ Camaïeu, clair (n. m.), clair-obscur, coloris, contour, contraste, dégradation, demi-teinte, dessin, dessous, distribution (des couleurs), embu, empâtement, ensemble, expression, fini, flou, fond, fondu, forme, frottis, glacis, grisaille, groupe, harmonie, impression, local (adj.), lumière, masse, matière (supra cit. 11), méplat, modelé, modulation, nombre (d'or), notation, ombre, papillotage, passage, pâte (et demi-pâte), perspective, plan, plat (à plat), profondeur, raccord, relief, rendu (n. m.), repeint (n. m.), repentir, repoussoir, retouche, surcharge, tache, teinte, ton, tonalité, touche, trait, vaporeux, volume; buste, carnation, chair(s), ciel, draperie, feuillé, figure, horizon, lointain, tête, trompe-l'œil; arrondir, cerner, composer, dégrader, empâter, estomper, fondre, gouacher, grisailler, imprimer, lécher (cit. 10), ombrer, rechampir, rehausser, rendre, traiter, vernir. || Peinture qui rend la troisième dimension (cit. 3), peinture qui a de la vigueur, dont les coloris ont de la chaleur, de l'éclat… || Mauvaise peinture. ⇒ Barbouillage, barbouille, gribouillage. || Projet de peinture. ⇒ Ébauche, esquisse (cit. 2), étude, maquette, pochade… || Les catégories de peinture selon Diderot. ⇒ Genre (cit. 16). || Peinture figurative (⇒ Modèle, motif, représentation, sujet); peinture non-figurative (⇒ Non-figuratif), abstraite (⇒ Abstrait). || Peinture de genre, peinture d'histoire. || Peinture pieuse (→ Égrillard, cit. 5), peinture anecdotique, naïve… || Sujets de peinture. ⇒ Académie, allégorie, bambochade, caricature, genre, intérieur, marine, maternité, nature (morte), nu, panorama, paysage, portrait, sous-bois, vue… (Cf. dans l'iconographie chrétienne : Annonciation, crucifixion, nativité, madone, pietà, vierge à l'enfant, etc.). || Écoles de peinture, styles de peinture (au XIXe et au XXe siècles). ⇒ Cubisme, dadaïsme, divisionnisme, expressionnisme, fauvisme, futurisme, hyperréalisme, impressionnisme, modern style, naturalisme, pointillisme, post-impressionnisme, préraphaélisme, rayonnisme, réalisme, surréalisme, tachisme (→ Peintre, 2.). || Peinture académique. — Peinture des primitifs, peinture de la Renaissance, peinture classique, baroque, romantique, moderne. || Peinture allemande, espagnole, flamande, française, hollandaise (cit.), italienne (spécialt, florentine, siennoise, vénitienne). || Peinture de l'École de Paris. — Morceau de peinture. || Exposition de peinture. ⇒ Exposition, galerie, salon, vernissage; cimaise (→ Local, cit. 6). || Musée de peinture (⇒ Pinacothèque). — Faire de la peinture (⇒ Peintre, 2.), prendre des leçons de peinture dans un atelier (→ Ouvrir, cit. 24), une académie. || Aimer la peinture (→ Feuilleton, cit. 5).
9 Tout morceau de sculpture ou de peinture doit être l'expression d'une grande maxime, une leçon pour le spectateur; sans quoi il est muet.
Diderot, Pensées sur la peinture, in Œ. esthétiques, p. 765.
10 La peinture, au siècle de Jules II et de Léon X, n'était pas un métier comme aujourd'hui; c'était une religion pour les artistes, un goût éclairé chez les grands seigneurs, une gloire pour l'Italie et une passion pour les femmes.
A. de Musset, Nouvelles, « Fils du Titien », V.
11 La peinture offre aussi, suivant l'époque, et la race, et le peintre, des tendances prédominantes qui lui font revêtir ici un aspect architectural, là un aspect sculptural, ailleurs une association étroite et harmonieuse de tous les éléments plastiques dont elle est l'efflorescence dans le cœur de l'individu. Partout, je ne me lasserai pas de le redire, c'est bien l'individu qu'elle exprime, par son pouvoir de restituer, à l'aide des combinaisons innombrables dont elle dispose — contraste, oppositions, mélanges complémentaires, lumière, ombre, demi-teintes, valeurs, reflets, passages — la complexité de l'âme humaine et des composantes éternelles ou fugitives qui nous la livrent.
Élie Faure, Histoire de l'art…, Le clavier, IV.
11.1 La peinture par projection, par brûlage, par dilacération, comme la sculpture des automobiles à la presse, constituent une réelle plongée dans les structures infra-sapiennes puisqu'elles aboutissent, comme l'art des pierres brutes ou des racines, à la mise en situation esthétique à un niveau correspondant à l'homme de Néanderthal, celui des formes nées du jeu des forces naturelles.
A. Leroi-Gourhan, le Geste et la Parole, t. II, p. 254.
♦ ☑ Fig., fam. Avoir du goût pour la peinture, se dit par dérision d'une personne qui a mauvais goût.
———
III
1 (Une peinture). Surface peinte. || Les peintures de la maison sont grises. || Lessivage des peintures. || Refaire les peintures d'un appartement. || Peinture en grisaille (cit. 1). || Peinture imitant le bois (cf. Faux bois), le marbre… (⇒ Marbrer, et dér.).
12 J'aimais les peintures idiotes, dessus de portes, décors, toiles de saltimbanques, enseignes, enluminures populaires (…)
Rimbaud, Une saison en enfer, Délires, II.
2 Ouvrage de peinture. ⇒ Tableau, toile (→ Barbouilleur, cit. 5; impalpable, cit. 1).
REM. Peinture est le terme le plus général, et s'applique à un travail de peinture exécuté sur n'importe quel support. On désigne les peintures par leur procédé : une huile, une détrempe, une aquarelle, etc.; par leur sujet : une nature morte, une annonciation… (→ supra cit. 9). Si les procédés n'emploient pas les couleurs classiques, on dit plutôt œuvre picturale que peinture.
♦ Peintures pariétales, rupestres. || Peintures murales (→ Grotesque, cit. 2; nuisible, cit. 3). ⇒ Fresque, plafond. || Peinture d'autel. ⇒ Retable. || Peinture à volets. ⇒ Diptyque, triptyque; polyptyque. || Peinture à compartiments (⇒ Prédelle). || Peinture japonaise de paravent, sur rouleau… (⇒ Kakémono, makémono). || Les peintures de Lawrence (→ Flou, cit. 2). || Peinture anonyme. — Mauvaise peinture. ⇒ Croûte (→ Plat d'épinards). || Sujet d'une peinture. || Cadre (cit. 2) d'une peinture. ⇒ Encadrer. || Conservation d'une peinture (⇒ Marouflage; maroufler, rentoiler…). || Peinture jaunie, noircie, chancie. || Nettoyage, restauration d'une peinture. || Les peintures d'une collection. || Département des peintures du musée du Louvre.
13 Je ne vous conseille point de mettre de cadre à cette peinture : il me semble qu'elle ne vaut guère.
Mme de Sévigné, 839, 6 août 1680.
14 (…) je circulais dans ce clair-obscur, m'arrêtant devant un tableau, puis devant un autre. Le plus grand nombre de ceux qui m'entouraient n'étaient pas ce que j'aurais le plus aimé voir de lui (Elstir), les peintures appartenant à ses première et deuxième manières (…) la manière mythologique et celle où il avait subi l'influence du Japon, toutes deux admirablement représentées, disait-on, dans la collection de Mme de Guermantes.
Proust, À la recherche du temps perdu, t. V, p. 87.
♦ Collectif. || La peinture de qqn, l'ensemble de ses tableaux, de ses œuvres. || Vendre sa peinture (→ Lésiner, cit.).
———
IV (XIVe).
1 Couche de couleur dont une chose est peinte. || Des boiseries (cit. 1) sans peinture ni vernis. || Peinture d'une carrosserie d'automobile. || Faire un raccord de peinture. || Défauts de conservation de la peinture. ⇒ Écaillage; craquelure. || Peinture qui cloque, s'écaille (→ Coursive, cit.; matraque, cit.), est soulevée par la rouille (→ Marquise, cit. 3).
2 Couleur préparée avec un véhicule liquide. ⇒ Couleur. || Acheter de la peinture chez le marchand de couleurs. || Un pot de peinture. || Peinture à l'huile, à la détrempe (cit. 1; ⇒ Badigeon), à la colle, au caoutchouc… || Peinture cellulosique, acrylique. || Peinture métallisée. || Peinture mate, brillante. || Peinture laquée. ⇒ Laque. — Peinture-émail, donnant une pellicule lisse, dure, résistante. — Peinture-émulsion, dont le liant est une émulsion. || Peinture contre la rouille. ⇒ Bitumastic, minium. || Peinture lavable. || Peinture lumineuse, à base de composés phosphorescents. || Appliquer la peinture, plusieurs couches de peinture. ⇒ Peindre. || Peinture qui sèche lentement, rapidement. || Peinture fraîche. || Attention à la peinture !
15 Tiens, cette peinture métallique-là, c'est une idée; je vais l'essayer pour la charpente de mon usine de Limoges.
J. Romains, les Hommes de bonne volonté, t. XI, XIII, p. 123.
♦ Arts. (Moins usité en ce sens que couleur). || Tube de peinture. || Boîte de peintures, à peintures. || Délayer la peinture avec de l'eau, de l'essence, de l'huile. || Mettre de la peinture. ⇒ Colorer, colorier.
♦ ☑ Loc. Un vrai pot de peinture, se dit d'une femme trop fardée.
♦ Vx. Fard. || La peinture dont les femmes se fardent (cit. 8). — Mod. (Rare). Vernis à ongles.
16 Elle se parfumait, se mettait de la peinture sur les ongles, du rouge sur les lèvres.
R. Queneau, Pierrot mon ami, p. 23.
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DÉR. Peinturer, peintureur, peinturier.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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